Salon Sm'Art Aix
16 - 20 mai 2019

LAURENT CABRAS LAURENT

Laurent Cabras, coureur de fond artistique

Laurent Cabras vit en montagne et il pratique le ski alpin qu’il enseigne, ce qui, constitue une bonne école d’apprentissage pour le métier d’artiste. Autodidacte, méticuleux, perfectionniste, il aime relever les défis en expérimentant en permanence de nouveaux processus picturaux qu’il aime transmettre. 

« Peindre, ce n’est pas seulement l’acte de poser de la peinture sur une toile, c’est tout ce qui se passe avant, notamment le travail de préparation des matériaux, le choix des pigments » souligne-t-il. Art et artisanat ont la même racine et s’il y a un artiste qui ne l’oublie pas, c’est bien lui. Il passe un temps infini à traquer les pigments les plus naturels, les « terres » et les oxydes et à se plonger dans les enseignements des grands artistes des siècles passés pour en tirer la substance picturale qu’il transpose dans son propre travail mais sans passer par la case copie. Il utilise les supports les plus variés :  des vieilles toiles rapiécées qu’il prépare à la colle de lapin, des draps de lin épais. Il maroufle sur des panneaux en bois, construit ses châssis. Chaque geste devient un rituel qui lui permet de se préparer et de visualiser ce qu’il va mettre en œuvre par la suite.

Il se positionne dans le respect du « métier » car être artiste est pour lui, avant tout, se confronter à des limites sans cesse à repousser pour ne pas s’installer dans une zone de confort. Ce qui explique pourquoi il est passé d’une période où il peignait des paysages à l’huile à son travail actuel abstrait où il mélange pigments acryliques et pastel après avoir expérimenté la cendre comme pigments. Le processus qui l’a conduit à passer d’une peinture figurative à l’abstraction est éclairant.  Ses paysages n’ont jamais été des représentations de lieux mais des projections mentales guidées par la quête de la lumière, de la transparence, des glacis et du clair-obscur à l’instar des artistes de l’Ecole hollandaise ou des artistes romantiques. Cela donne des paysages quasi monochromes ocres rouge ou jaune, nimbés de nostalgie et de romantisme avec des arbres se découpant sur un ciel mouvant ou des rivages noyés dans la brume. A force d’être sur le fil de la non- figuration tout en étant « figuratif » et de creuser le sillon de la matière en travaillant au fusain sur papier mélangé avec des glacis, Laurent Cabras en est venu naturellement-définitivement débarrassé de la question du sujet à se plonger dans des problématiques de formes, de couleurs et de compositions mais toujours dans la quête de la lumière, de la transparence et de la fluidité ; éléments déjà présents dans sa période antérieure. A la recherche du rythme, il peint en musique avec des choix en dehors des sentiers battus, des chanteurs à textes ignorés du grand public tels Jim Yamouridis ou Marcel Kanche ou des groupes comme Kat Onoma.

Il revendique d’ailleurs une famille artistique éclectique qui embrasse aussi bien Van Dyck, Turner que Joan Mitchell, Antoni Tapiès ou Soulages. C’est également la marque d’un artiste attiré par les contraires ce qui s’exprime davantage dans sa période abstraite actuelle que dans ses paysages imaginaires.

C’est un fou de sensations, de couleurs, de vertige, de défis-ski oblige et on aime l’entendre parler du moment où la lumière en montagne se modifie lorsque l’on bascule du jour à la nuit et que survient une atmosphère indicible. Prendre des risques c’est sa nature fondamentale et c’est un gage de promesses artistiques futures car il n’est qu’à l’aube de son parcours artistique.

 

Brigitte Camus

Artiste/Auteure/Directrice de collection

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